Être ou ne pas être ? Hier encore, le sage pouvait dire : Quel homme fait l’Homme ? Mais demain ? Sera-t-il augmenté, tissé d’I.A. et pour quel monde ? Regardons les choses d’un peu plus près, sous un angle ontologique et de concepts philosophiques.
Nous (nous) percevons (mutuellement) avec nos 5 sens. Notre monde extérieur est donc perceptif. Nous (nous) éprouvons (mutuellement) de(s) sentiments qui nous traversent et se vivent en notre intimité. Notre monde intérieur est donc émotif. Pour les êtres de relations que nous sommes, la question est donc perceptive et intuitive.
Maintenant posons que la personnalité est ce qui fait lien entre qui je suis en tant qu’être individué (sujet transcendantal que j’aspire à être) et qui je suis en tant qu’être individualisé (sujet empirique perçu par mon environnement). Ainsi ma personnalité est une activité relationnelle entre principe (sujet transcendantal) et résultat (sujet empirique - que je donne à voir à autrui). C’est cette relation de moi à moi qui fait l’unité de mon être. A tout le moins l’unité d’être vers laquelle je tends, dans cet aller-retour auto-critique. En coaching comme en supervision, nous parlons d’alignement : pensée/ressenti/parole/action-comportement.
Avant de parler I.A., osons courageusement deux termes assez inusités : l’Aséité et son antonyme, l’Abaliété. L’Aséité est une propriété caractéristique de l’Être qui existe par soi ce qui signifie à l’exclusion de toute dépendance causale. Soit l’autonomie absolue de l’Être qui se révèle par lui-même. L’Abaliété quant à elle, caractérise un être qui existe uniquement par la dépendance à un autre être (ad minima). Conséquemment, et sans entrer dans une quelconque cosmogonie, nous pouvons déduire les spécificités naturelles de la créature et du créateur. Ce qui caractérise la créature c’est le fait d’exister par autrui, (en latin : ab alio), c’est son abaliété ; ce qui caractérise le créateur, c’est le fait d’exister par lui-même, (en latin : a se), c’est son aséité. Par exemple, pour les monothéistes, il est parlé de l’aséité de Dieu existant par lui, et de l’abaliété de l’Homme, existant par Dieu, son Créateur.
A présent, reconnaissons que l’I .A. dépend de nous, humains, ses créateurs, et que son abaliété est intrinsèque à sa nature même. Elle nous nourrit parce que nous la nourrissons à chaque fois que nous en usons. Sans l’humain elle ne peut exister. L’I.A. n’est donc pas toute puissante a priori.
Le pouvoir que l’humain lui accorde dépend essentiellement des données qu’il lui cède et des affects qu’il y met. Connaissant l’insatiété de l’homme , jusqu’où me direz-vous ? Possiblement jusqu’au transfert (probable) de l’aséité que réservent à ce jour quelques milliards d’entre nous à leur Créateur. Oubliant par là-même la dépendance causale première de cet outil. Œuvrant ainsi au risque d’une nouvelle abaliété, aliénante, car prometteuse d’un avenir meilleur pour l’humanité, comblant sa paresse pressée. Humanité prompte à prompter, émerveillée autant que bluffée par la magie du prestidigitateur qui sait distraire, endormir la pensée critique, pour mieux, tel Merlin, enchanter son public.
Notons au passage que merlin est le nom donné à cet objet terrible pour tuer les bœufs, d’un coup précis dans le cerveau. Heureusement direz-vous, nous ne sommes pas des bœufs. Certains, peut-être, de dire jusqu’à nouvel ordre. Alors la question n’est déjà peut-être plus, quel homme fait l’Homme, mais simplement que fait l’homme ?